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Pieric Hotellier - Guide de haute montagne

Zermatt - Chamonix : une Haute Route humainement incroyable

Zermatt - Chamonix : une Haute Route humainement incroyable!

Il est des voyages qui sont surprenants. Qui, sur le papier, ressemblent à s’y méprendre, à quelque chose de bien ordinaire, et qui se révèlent être un véritable chemin de découverte du pseudo connu, et de soi même..
Chamonix – Zermatt, un classique intemporel du raid à ski. Qui se décline à toutes les sauces, du record en moins de 24h, à la procession de groupes de cabanes en cabanes sur des journées plus ou moins longues. Du ski facile, accessible à tout bon skieur, à l’itinéraire engagé, sportif, pentu, pour les amateurs éclairés.
Cette traversée s’inscrit dans une histoire, celle de se première réalisation en 1904 par le Docteur Payot et les guides de Chamonix Coutet, Simon et Ravanel L’idée était de relier les 2 capitales de l’alpiniste. Depuis, elle a fait des émules, et aujourd’hui est un Graal pour beaucoup de skieurs de randonnée.
Les différentes structures de vente de produits montagnes proposent de vivre ce voyage sur une durée variable, entre 3 et 7 jours.


Cette fin avril 2025, nous sommes à notre tour sur le départ pour nous engager sur cette itinérance à ski de randonnée, après une période dépressionnaire et une grosse tempête ayant apporté beaucoup de neige en haute altitude. Avec l’idée de faire l’intégralité du parcours sans liaison taxi ou voiture. Mais de façon tout autre. Avec une autre regard sur l’Histoire de ce périple : car les habitudes, ces « habits qui tuent » dans le langage des oiseaux, annihilent parfois la réflexion quant au bien fondé de le réaliser dans ce sens. Partir de Chamonix certes, cela se réfère aux explorateurs de l’époque. Mais quid aujourd’hui de la logique d’un tel parcours au regard des conditions de la montagne actuelle ? S’interroger sur la norme revient à déposer un regard neuf sur une histoire très longuement parcourue. Le questionnement amène à regarder les avantages/inconvénient des 2 sens, et de conclure quant à celui apportant aux skieurs le plus de bénéfices. Dans cette analyse, d’un premier point de vue simpliste, il est une logique de ski qui prédomine de partir de Suisse : la traversée se réalisant d’Est en Ouest, les montées matinales se font au soleil, et les descente en versant Ouest, souvent dans une neige encore peu transformée, et donc bien skiable. C’est attirant et aguichant, et c’est une des raisons qui motive à se lancer vers Chamonix depuis Zermatt. Cette dernière ayant été au préalable rejointe en train depuis le futur point d’arrivée, en à peine 4h, soit autant que de faire le trajet en voiture, avec le parking à Täsch, et le train obligatoire pour Zermatt. Cette partie est bien plus agréable à vivre en début, plutôt qu’après une déjà longue journée de ski ! Le trajet est léger, souriant, dans la perspective de l’aventure à venir. Et mons odorante également !
Au départ, les sacs sont lourds, pèsent sur les épaules, surtout sous la chaleur. 7 jours de raid à ski en terrain glaciaire et 1 nuit en bivouac imposent un équipement adéquat. Qui se sent sur les skis… Les corps prennent du temps à trouver leur équilibre avec cette charge supplémentaire. Les appuis  changent, le rythme aussi. Le temps aussi. Il n’est plus d’urgence que d’être dans le ski, dans le présent, dans l’instant présent. Nulle urgence à vite monter pour vite redescendre et vite passer à autre chose : les journées se vivent à leur rythme, pour arriver à bon port, les yeux emplis d’étoiles et le cœur de pépites, sans être explosé de fatigue. Cela demande du temps de lâcher les concepts de savoir de quoi sera fait la montée d’après, la descente lui faisant suite, le rappel obligatoire….Cela se cultive au fil des heures des journées de ski, qui oscillent entre 8 à 12h… Des chiffres, simplement des chiffres qui ne traduisent pas la réalité du plaisir versus l’effort. Pour bien faire les choses, le temps est souvent nécessaire, et la montagne nous invitent aussi à entrer dans ce contexte, pour qui veut bien s’en saisir.

Dès le premier jour, c’est un sentiment d’immensité qui s’impose, au pied du Matterhorn. Pour 99% des skieurs, il marque la fin de l’aventure, là où pour nous il jalonne simplement le debut de la route. Mais nous sommes seuls à le voir en ce tout début de journée. Seul groupe à admirer glaciers, crevasses, pentes vierges en direction du col de Valpelinne. Les traces des virages de descente ont labouré la neige sous nos skis, mais nous sommes seuls à aller vers le haut. Dans le « mauvais » sens comme entendu lors d’une rare rencontre avec un groupe en mode descente. Mauvais ? Quel est le bon et le mauvais ? Le mauvais est il nécessairement le non usuel ? Le différent ? Même dans ces espaces de montagne, tout ce qui ne rentre pas dans les codes est très vite qualifié de sobriquets et de jugements hâtifs, sans l’ombre d’un raisonnement approprié. Marcher à contre sens relève de l’utopie, mais en cela c’est bon !
C’est aussi cela la richesse de cette aventure, la solitude. Le calme et la contemplation dans des espaces infinies, qui semblent dès lors appartenir à un autre espace temps. Où sommes nous ? Dans quel pays, à quelle époque ? Sont-ce véritablement les Alpes que nous traversons, ce lieu si hautement habité et ces montagnes si transformées en terrain de jeu pour skieurs ? Notre quotidien s’apparente à l’Himalaya, au Pakistan, a la Cordillère des Andes par cette dimension de virginité et ce sentiment puissant de petitesse. Et cela se vit juste ici, en plein milieu de l’Europe, entre des capitales denses. Et cela se vit uniquement en tournant l’aiguille de la boussole dans une direction opposée à la norme.
Nul besoin de prendre l’avion pour aller rechercher ces émotions sur d’autres continents. Ici tout est là. La magie opère, dissous l’individu et son égo pour laisser plus de place à l’Humain. Tout est grand, tout est beau, tout est majestueux car semble être un présent pour nous.
 

Restent les cabanes et les refuges pour faire le lien avec les « autres ». Mais elles ne sont pas bondées, car elles vivent leur flux au rythme du classique timing imposé par le départ de Chamonix : elles sont pleines au fur et à mesure de l’avancée de la vague vers l’Est.
Chacun de ces lieux d’étape a son caractère, son charme, sa rugosité, sa simplicité. Il est des cabanes de luxe, d’autres plus spartiates. Des aux toilettes tout confort et d’autres à trou simpliste à l’extérieur. Des où le dîner est copieux et nourrissant, d’autres qui font au plus simple. Des accueils froids, d’autres ordinaires, et enfin certains qui vous laissent le sourire pour toujours. Nacamuli : un refuge du Valpelline situé à 2800 m d’altitude. Sur un rocher, sa 2ème rénovation lui a apporté un peu de confort, mais il reste encore beaucoup à faire pour que la vie dedans soit plus agréable, surtout pour les gardiens ! Par jour de tempête, c’est un frigo, la neige parfois entre dans la cuisine ! Peu isolé, certains matins au sortir des couvertures piquent … Surprenant c’est ici, loin des standards de luxe des cabanes suisse comme Chanrion ou les Vignettes, que le sourire de Giorgio, son gardien, a nourrit le plus nos cœurs. Un gardien prenant le temps de venir saluer le groupe à peine arrivé, d’expliquer en français svp, le fonctionnement de son refuge, et de nous concocter un repas tel que seul les Valdotains savent offrir aux montagnards affamés. Les yeux pétillants de gentillesse de Giorgio nous auront vite fait oublier le petit manque de confort inhérent à ce refuge ! Comme quoi, la simplicité parfois recèle de trésors. Notre pensée à simplement parfois besoin de se rappeler la phrase de St Exupéry : « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».

 

En parallèle à ces ports salvateurs, offrant gîte et couverts, notre traversée originale pour être en mesure de respecter son cahier des charges, a un hébergement atypique. Un bivouac. Oh certes par celui rudimentaire, en forme de demi-tonneau pouvant accueillir moins de 10 personnes. Non, celui-ci, permettant la liaison entre Val de Bagne et Hospice du GSB, se classe allègrement en milieu de gamme : 14 places pour dormir, avec couvertures, des ustensiles de cuisine. Manque le poele à bois pour être classé 5 étoiles ! Le temps en bivouac est très particulier, il nécessite une organisation rodée pour que ce temps soit agréable pour tous, et non subi comme une contrainte. En premier lieu faire de l’eau, essentiel. Cette année la chaleur nous permettra facilement de répondre à ce besoin simplement avec la chaleur des tôles du toit.  Puis s’organiser dans un espace restreint pour sécher, préparer, réparer, organiser les différentes étapes de cette halte. On dîne tôt, profitant des dernières lumières du jour. On se couche tôt, mais parfois on dort peu. On part très tôt… Ce bivouac, atteint de bonne heure pour cause de chaleur , est aussi l’occasion de s’offrir une pause. Pause pour regarder à l’intérieur de soi, plutôt que d’être scotché au virtuel des écrans. Ou à l’extérieur, devant le fantastique panorama de tous les sommets environnants, laissant les pensées voyager vers des espaces parfois oubliés. C’est rare, le droit de s’arrêter et d’avoir le droit de ne rien faire aujourd’hui ! pourtant que c’est bon !

 

Au fil des jours, le poids du sac se dilue. Il se fond dans l’équilibre du corps et le mouvement retrouve sa grâce. Pourtant, est ce nécessaire, vraiment, d’emporter autant de choses ? Sur le tracé choisi, oui. Car nous sommes à mille lieux des journées classiques où le matériel technique est là « au cas où », par sécurité. Car sortir de l’ordinaire, du classique, demande un peu de technicité. Ainsi la descente du glacier du Brenay en direction de la cabane de Chanrion se fait via le col des Portets et son rappel de 30m ; la montée bien raide au col de Valsorey équivaut à celle du Combin, mais sa descente elle n’est pas donnée, et nécessite de nouveau un rappel de 30m ! Le passage entre Suisse et Val Ferret italien par l’un des nombreux passages possibles requiert aussi la pose de cordes pour skier en toute sécurité. Nous évoluons dans un environnement qui demande des compétences techniques pour assurer la sécurité du groupe, tout en favorisant au maximum les virages. Mais c’est ça l’aventure, celle qui commence juste là, à côté de chez soi ; Oser sortir des sentiers battus, explorer, se questionner si le passage sera possible. Etre préparé techniquement et avoir le matériel adéquat pour construire une solution et passer ! C’est un fort sentiment de grâce qui se manifeste, lorsque nous arrivons à la fin d’une étape, des étapes, et que tout s’est joliment déroulé, en sécurité et avec plaisir ! La richesse de l’engagement à vivre cela dépasse de loin la répétition d’un cadre connu, contrôlé et maitrisé. Il y a ce piquant de l’inconnu, ce goût à la nouveauté qui transcende l’ordinaire, pour en faire de l’extra ordinaire !

Et puis, à un moment survient la réalité. L’idée germe que tout ceci va s’arrêter bientôt. Alors que coprs et esprit sont maintenant en adéquation, que les bases sont solides, la dernière étape approche… Encore un peu de ski, dans l’immensité d’un vallon perdu du Canada - du moins il en donne l’impression – que nous parcourons en mode ski de fond facile, et qui nous propulse dans le retour à la civilisation. Ca sent la fin, la fin qui arrive trop tôt, comme toujours, dès que quelque chose est bon pour nous. Comme la Vie… La fin d’une expérience inoubliable, exceptionnelle et incroyable, qui marque aussi le début d’autres possibles. Car il y en a eu des apprentissages des enrichissements personnels au cours de ces 7 jours ! L’humain peut se montrer fantastique dès lors qu’il est animé de son véritable pouvoir à donner, partager, aider. Au-delà de l’aspect physique, sportif, il y a l’aventure humaine qui marque. L’esprit de groupe. La fraternité. L’entre aide. Chaque petits gestes, chaque coup de main donné à l’autre, chaque regard bienveillant et non jugeant, chaque geste explicitant que je te comprends plus que je ne te juge ont fait de cette aventure un moment fort, véritablement fort, de ce que vivre ensemble peut signifier. Dans un contexte qui peut paraître porteur à cela, et pourtant qui parfois fait émerger des tensions, entre les uns et les autres. Ce qui entache alors de beaucoup l’histoire qui s’écrit. Dans notre cas, nous sommes partis un groupe, nous sommes arrivés en frères…

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La Haute Route Zermatt-Chamonix : un itinéraire de légende

La Haute Route Zermatt-Chamonix est l'un des raids à ski de randonnée les plus célèbres au monde. Reliant Zermatt en Suisse à Chamonix en France, elle traverse certains des plus beaux massifs alpins sur environ 120 kilomètres. C'est un itinéraire exigeant, réservé aux skieurs ayant déjà une solide expérience, et qui bénéficie d'un encadrement par un guide de haute montagne diplômé.

Ce qui rend cette traversée particulière, c'est l'alternance constante entre effort et contemplation. Chaque col franchi ouvre une perspective nouvelle sur des glaciers grandioses, des faces nord sévères et des villages accrochés aux flancs des vallées. C'est précisément cette dimension que nous cultivons chez Essaimance — une pratique du ski autrement, où la glisse n'est pas une fin en soi mais un prétexte à la reconnexion avec la nature.

Préparer votre projet de raid à ski

Un tel projet ne s'improvise pas. La préparation physique, le choix du matériel, la lecture des conditions nivologiques et la gestion du risque avalanche sont des compétences indispensables. C'est pourquoi notre approche passe toujours par un coaching voyage à ski personnalisé, pour construire votre projet pas à pas et partir en confiance. La compréhension du risque en montagne est au cœur de notre pédagogie — une approche détaillée dans notre article sur la gestion des risques en montagne.

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74230 Dingy St-Clair

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