PROGRAMMES
La Haute Savoie est un département richement dôté de falaises pour pratiquer l'escalade sportive!
Le topo de Robert Durieux, par exemple, en recensse déjà 49 juste autour d'Annecy! Et l'IA entre 120 et 150 sur tout le département, soit plus de 3000 voies!
Beaucoup de sites ont été équipés dans "l'âge d'or" de l'escalade, quand tout était à découvrir, à équiper, quand la pratique était alors marginale, et que les pratiquants bien peu nombreux. Aujourd'hui, le changement est passé par là. On compte, uniquement sur la Haute Savoie toujours, 3750 licenciés en escalade. Ce qui n'est qu'une partie de l'ensemble des pratiquants. Car à ce chiffre s'ajoutent les adhérents aux salles privées, et les pratiquants hors fédérations et clubs. Ce qui fait donc beaucoup de grimpeurs potentiels en falaises, auxquels se rajoutent évidemment les personnes venant d'autres territoires, (départements ou pays), la Haute Savoie étant une destination sportive attractive.
Nous sommes donc de plus en plus nombreux à pratiquer l'escalade sur falaises, mais pour autant, il n'existe à ce jour aucune instance prenant en charge l'enterien, le renouvellement, la sécurisation des voies d'escalade. Dans d'autres départements, comme le 05, ou le 38, ou même plus près de nous, le 73, des Comités Territoriaux (de la FFME - Fédération Française de la Montagne et de l'Escalade) consacre "25 de son temps et investit 30000 euros par an à l'équipement et à l'entretien des falaises".
Les CAF (Cub Alpin Français) intervient également sur certaines falaises, surtout celles historiques et dans le giron de leur lieu d'implantation. Par exemple, le CAF Annecy est très réactif sur celle de la Grande Jeanne, située à Annecy.
Mais beaucoup de falaises vieillissantes aureient besoin d'un bon lifting pour apporter plus de sécurité aux pratiquants, donc à toi qui lit ce texte! Car l'équipement de certaines voies, ouvertes dans les années 80, avec une toute autre vision de l'escalade qu'aujourd'hui: avec un tout autre équipement également, ne correspondent plus aux standards actuels de sécuristation. La chute dangereuse autrefois acceptée ne l'est plus guère aujourd'hui.
Ce sont donc des centaines de voies à revoir déjà dans l'équipement en soi.
A cela s'ajoute la nécessité - urgente dans certains cas- de remplacement de points vieillissants : des goujons de 8 mm ou 10 mm; des points usés par le temps, la corrosion (superficielle ou en profondeur), des relais en V là où aujourd'hui on préconise des relais à point fixe, remplacer les goujons par des scellements chimiques... Bref, un gros chantier serait à mener sur tout le département, pour éviter des accidents à venir.
Mais aujourd'hui, une problématique de taille vient freiner cet impératif, celui de la notion de responsabilité. Qui est reponsable, en cas d'accident sur une falaise? L'équipeur? Le prorpiétaire du terrain? Le signataire d'une convention (qui permettait d'équiper et d'entretenir les falaises, tout en déchargeant juridiquement les propriétaires fonciers (privés ou mairies) en cas d'accident) entre ce dernier et une instance fédérale, comme cela a été longuement le cas usuel des dernières décennies? La bascule a eu lieu en 2010 : suite à un grave accident sur le site de Vingrau, la justice à retenu la "responsabilité sans faute" de la FFME en tant que "gardien de la chose". La fédération a été condamnée à verser de lourds dommages et intérêts, mettant en péril son équilibre financier et ses assurances. La fédération a choisi de résilier ces conventions pour ne plus endosser cette responsabilité juridique. Elle s'est retirée de la gestion directe de nombreux sites (environ 650 dénoncés), poussant les municipalités et les intercommunalités à devoir assumer directement la responsabilité et l'entretien de leurs falaises. Et face aux risques juridiques et aux coûts de maintenance, certains propriétaires ont réagi en interdisant l'accès à leurs falaises (fermetures temporaires ou définitives). Pour tenter de rassurer les maires et endiguer le problème, l'État a clarifié le cadre juridique via la loi 3DS (différenciation, décentralisation, déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l'action publique locale), instaurant une exonération de responsabilité pour les propriétaires de sites naturels de loisirs en cas de risque normal lié à la nature.
Ainsi 2 courants opposés : un besoin et un frein.
En Haute Savoie, nous sommes riches de superbes falaises, nous sommes également sur un territoire ayant une aisance financière, et malgré cela il n'existe aucune structure (CD, CT, Asso) assumant la gestion globale au niveau départemental, l'entretien, la sécurisation et la pérennisation des falaises d'escalade! Ce qui est un comble, au regard du nombre de clubs d'escalade et de pratiquants, au nombre de topos parus et vendus!
Alors les falaises continuent de se dégrader, faute de concertation, de politique commune. Des voies deviennent dangereuses (j'ai en mémoire l'affreux Spit de 12 mm tout rouillé, tournant sur lui-même, juste dans le pas le plus dur de la voie "Grattacouille" au Maquis), où une chute pourrait allègrement avoir des conséquences fâcheuses.
Seul certains grimpeurs donnent de leur temps, parfois même de leur denier, pour changer un point, rajouter une plaquette, changer un relais. Faire vivre "leur" falaise, celle où ils pratiquent le plus.
La vente des topos permet effectivement de financer une partie de l'équipement, du rééquipement, mais quand cela va dans la politique de l'éditeur dudit topo. Pourquoi aller mettre du matos dans une falaise qui ne me "rapportera" rien en terme de vente de mon topo? Il faut qu'il y ait un intérêt mercantil pour motiver l'investissement matériel, qui n'est pas donné!
Ainsi, toi qui grimpe sur ces falaises de Haute Savoie, qui ne connait pas tout cela, tu es souvent le premier à pester contre un point pourri, à maudir l'équipeur pour la distance entre les points. A râler contre le bloc qui bouge. A affirmer que tu aurais fait mieux toi si tu avais ouvert la voie. Fort bien. Mais n'oublie pas que si tu peux grimper, c'est aussi grâce à ceux qui font. Peut être pas toujours parfaitement, mais au moins ils ont les mains dans le camboui. Ceux qui paient de leur poche le remplacement d'une plaquette qui a "disparue" par exemple.
Alors la prochaine fois, si tu te reconnais dans un peu de cette description, n'hésite pas à passer du côté Obscur de la grimpe, et vient passer du temps à offrir aux autres des voies où c'est agréable, et le plus sécure possible pour grimper.
Viens passer des heures à "jardiner", pendu à ton baudrier, à enlever ronces, herbes, terre qui bouchent les prises, surtout au printemps. Et à redescendre noir comme un ramoneur.
Viens couper des branches, nettoyer les sentiers d'approche, changer les cordes fixes, purger des voies, coller des prises qui ont cassées, en te mettant de la colle de partout.
Viens remonter des heures aux cordes fixes pour changer 1 relais défectueux (par exemple dans "7ème ciel" aux Grandes Suites, qui a depuis l'année passée un VRAI relais sur 2 points à la fin de la voie, contrairement à ce qu'il y avait avant).
Viens monter les sacs avec tout le matos pour intervenir sur les 3 points précédents.
Comment? Et bien manifeste toi en répondant à cet article par exemple! Ou viens te former sur les stages Héritage Ouvreur, proposés par la FFCAM.
A défaut d'existence d'une entité qui permettrait de coordonner les efforts de tous les volontaires, c'est à chacun de faire ce qu'il peut, à son niveau. En attendant mieux.
Tu n'as pas le temps, les connaissances ou les moyens? La bonne nouvelle c'est que TOUT LE MONDE peut participer à l'entretien de nos falaises!! Sans parler des points, tu peux toujours avoir dans ton sac de grimpe :
- 1 sécanteur pour couper ce qui empiète sur la voie, ou sur le site d'escalade
- 1 clé à molette pour resserer les boulons qui tournent
Et ne pas hésiter à retirer les herbes des trous, à ramasser les déchets, à enlever ses tickets...Rien que ça, si chaque grimpeur avait la conscience de son rôle à jouer, cela ferait un bon taf!
PS : ce printemps 2026, nous venons de nettoyer le secteur de couenne "7ème ciel" aux Grandes Suites, et de renforcer certains prises fragiles. Le topo est ici (avec un voie qui n'apparait pas, "Apparences Trompeuses", située juste avant "A 4 mains", à l'entrée su secteur du Petit Nice. Un très joli 6c.