PROGRAMMES
La saison de ski de rando se termine, en ce début mai.
Une nouvelle saison avec de nombreuses, et bien différentes, aventures. D'une journée ou d'une semaine, voir plus. Des expériences avec des personnes toujours uniques et particulières, et un vécu allant de paire, à savoir unique et exceptionnel. Et ce quelque soit la finalité, échec ou réussite, plan A ou plan B!
Après un hiver de ski, quand la nature se pare de vert, du chant des oiseaux, des plants du potager qui s'en donnent à coeur joie; quand la baignade appelle plus que les virages dans la neige, quand l'esprit se concentre sur d'autres objectifs, d'autres supports, que nous reste-t-il à titre personnel de ce que nous avons vécu? Au delà des images prises avec son téléphone, partagées sur les réseaux sociaux ou avec ses proches et amis, ou simplement bien rangées sur son ordi, au delà de ça, que me reste t il? A moi, dans mon coeur, dans mes pensées? Car chaque fois que nous avons la chance de nous immerger dans la nature, de vivre ce que nous pouvons vivre là haut, cela devrait nous apporter quelque chose. Car aller en montagne pour prendre, faire, vaincre, dépasser, battre, cela ne sonne-t-il pas étrange à vos oreilles sensibles? A vos âmes profondes? N'y aurait il pas d'autres raisons, d'autres finaliltés à se consacrer à cela?
Cet hiver, j'ai eu le privilège d'encadrer de belles aventures : du ski en Slovénie, un tour du mont blanc en ski de rando (une première), une traversée réinventée entre Zermatt et Chamonix en ski (mais en plus que 13h!), de la guidance dans de la pente raide, des immersions dans les Bauges... Beaucoup d'images donc dans mon cerveau, beaucoup de choses vécues et partagées, avec les personnes qui m'ont fait confiance pour être en ces hauts lieux. Quand le rythme se pose un peu, comme en ce moment, j'aime à ressentir, à laisser venir les moments forts de tout ceci. Ceux qui m'ont marqués, ceux qui m'ont apporté autre chose. Ceux qui m'ont permis de vivre quelque chose, en terme de relation, d'émotions, qui m'ont permis d'apprendre de moi même pour être en mesure, lors de la prochaine itération d'un évènement semblable, d'agir, de choisir avec l'acquis de cet hiver!
La Vie ne se résume pas à cumuler du dénivelé, à performer, à enchainer des sommets, des descentes. La Vie n'est qu'un passage entre la naissance et la mort, et dans ce temps, sans doute nous est-il demandé, à nous humains, de devenir un peu plus de meilleurs Êtres Humains. D'apprendre et de corriger nos dysfonctionnements, nos "habits tuent", de décloisonner notre mental rigide, de prendre soin de nos blessures...
Grâce aux expériences personnelles, mais aussi grâce aux autres, à la relation avec eux. Et Dieu sait qu'en montagne, cela prend une ampleur tout autre, quand les masques que l'on porte en permanence "en bas" se fissurent, avec la fatigue ou la douleur; face aux peurs; ou face à la puissance des Eléments naturels. Ou face à soi même!
Ainsi, que me reste-t-il comme instants fugaces, mais instants puissants, de ces 6 mois d'hiver? Très peu de souvenirs prégnants descente ou de virages en fait! Mais beaucoup de regards qui en disent longs! Beaucoup de sourires, partagés en tout sincérité et sans artifices. De la joie qui se lit dans les yeux, pour parfois de toutes petites choses. Au final, tellement de richesse dans la vie qui se déroule juste là, sous ses yeux, quand on est présent à elle..
Tour du mont Blanc en ski de randonnée, il est 10h, nous sommes dans la tempête depuis 3h. Jour blanc, du vent mais pas trop depuis ce matin, mais ça pique un peu quand même depuis le temps entre la navigation, les doutes, et la gestion de la sécurité du groupe.
On se retrouve à l'abri : une porte qu'on arrive à ouvrir dans un apenti de corps de ferme, et soudain, plus de vent! Une parenthèse dans une longue journée qui sera intense! Le temps d'en profiter, de se réchauffer, de manger un morceau. Privilège de réussir à déposer les gants quelques instants, de se voir sans un masque sur les yeux. D'apprécier simplement ça, ces quelques secondes, ou minutes de pause, de calme. Comme refaire le plein d'énergie avant de retourner se confronter à ce que la Nature sait montrer dans sa force. Sentir là, et encore aujourd'hui, ce que ce moment a eu de magique. Car tout invitait alors à vivre pleinement. Les pensées n'était pas ailleurs, toute l'énergie s'alignait sur ce qu'il y avait à faire, à être là. Toute l'être était présent, avec ses sens en éveil, et ce qu'il sait faire de mieux pour survivre. Dès lors, le mental n'etait plus un vélo qui tournait en boucle à ressasser des pensées qui, pour la plupart du temps, ne débouchaient sur pas grand chose. Autre chose a pris le dessus, et a donné à ces instants, et nous à donner en tout cas, un sacré souvenirs, qui va bien plus loin que la simple photo qui l'illustre aussi.
Ce genre de temps hors temps, c'est ce qu'il me reste. C'est ce qui me nourrit. C'est ce qui me montre ce dont nous sommes tous capables en terme de résilience, d'adaptation. Ce que nous sommes au fond de nous, loin de nos apparences superficielles et éphémères. La beauté de l'Humain...
Et vous? Que vous reste t il de votre hiver?